Au cœur de la gare des Eaux-Vives, dans des espaces habituellement inaccessibles au public, « Machines sensibles ? » explore ce basculement à travers le regard d’artistes internationaux et d’une scène locale particulièrement active dans les arts numériques.
L’exposition se construit autour d’un double mouvement : ce que les machines perçoivent de nous, et ce qu’elles nous donnent à percevoir du monde. Un visage devient donnée, profil ou avatar ; une caméra ne se contente plus d’enregistrer mais fournit la matière qu’un modèle interprète ; des paysages réels se recomposent en territoires incertains ; le numérique imagine des formes de vie qui semblent déjà appartenir à d’autres futurs.
Avec Sabrina Ratté, Christopher Salter ou encore Studio Iregular, Genève accueille quelques signatures bien installées sur la carte internationale des arts numériques, tout en donnant une vraie place à la scène suisse et locale. Leurs œuvres dessinent différentes manières d’interroger ce nouveau partage du sensible : notre image devient avatar 3D, les algorithmes construisent des identités, des caméras alimentent des systèmes capables d’interpréter et de réinventer ce qu’ils captent, tandis que des formes de vie hybrides émergent à la frontière de l’organique et du numérique. Ailleurs, la technologie devient un outil pour relire des territoires bien réels, comme les paysages ukrainiens bouleversés autour du barrage de Kakhovka. Autant de perspectives qui font de la machine un miroir, un filtre, parfois un interprète et déplacent progressivement notre propre regard.
Sans célébrer la technologie ni céder au scénario dystopique, « Machines sensibles ? » pose finalement une question très humaine : que devient notre regard lorsque nous le partageons avec des machines capables de produire leur propre représentation du réel ?